mercredi 12 octobre 2016

Les Français sont d’insondables pessimistes



Editorial du « Monde ». On le sait, on l’entend, on le répète, on le constate : les Français sont d’insondables pessimistes, des dépressifs lourds, d’incurables anxieux, des masochistes majuscules. Ils broient du noir, craignent l’avenir, cultivent la nostalgie d’un âge d’or révolu, entretiennent la rengaine du « c’était mieux avant ». Au mieux, ils se replient sur eux-mêmes, au pire, ils se bourrent de médicaments ou se précipitent avec délectation sur le premier essayiste qui fait du déclin national son fonds de commerce.

On ne saurait trop leur conseiller, par conséquent, de se plonger dans le rapport que publie aujourd’hui France Stratégie, l’organisme d’analyse et de prospective rattaché au premier ministre. Cela leur permettrait – peut-être – de faire le tri entre réalité et fiction, entre un minimum de rationalité et un maximum de fantasmes. Intitulé « Lignes de faille », ce travail approfondi, nourri de solides travaux de recherche et de nombreuses enquêtes d’opinion, plonge au cœur du malaise français pour tenter d’en comprendre la nature et les ressorts.

La réalité ne fait plus sens

Son diagnostic est saisissant. Le décalage entre la situation effective du pays, l’évolution précise de la société, l’action réelle de l’Etat et des institutions d’une part, et la perception qu’en ont les Français d’autre part est aussi spectaculaire qu’inquiétant. Pour le dire autrement, la réalité ne fait plus sens, quel que soit le sujet abordé.
Prenez la question des inégalités sociales. Plus que tous les autres Européens, les Français ont une vision très négative de la distribution des revenus, 8 sur 19 estiment que les inégalités se creusent, 9 sur 10 se disent personnellement préoccupés par la pauvreté. Que constate le rapport de France Stratégie ? Après s’être réduites dans la seconde moitié du XXe siècle, les inégalités de revenu ont augmenté de façon limitée depuis une dizaine d’années et la France demeure l’un des pays développés les moins inégalitaires.

Autre exemple : la manière dont les Français se situent dans l’échelle sociale. Il y a quinze ans seulement, 3 Français sur 5 estimaient appartenir aux classes moyennes, populaires ou défavorisées ; ils sont aujourd’hui 3 sur 4. Pourtant, la structure socio-professionnelle de la population active évolue en sens inverse. De même pour la menace du déclassement social, omniprésente dans les esprits. Ainsi, entre 2002 et 2015, la part des Français qui jugent leur situation moins bonne que celle de leurs parents au même âge est passée de 17 % à 54 %. Or, c’est l’inverse qui est vrai : d’une génération à la suivante, la progression des niveaux de vie est réelle et les trajectoires sociales ascendantes beaucoup plus nombreuses que les trajectoires descendantes.

Quel que soit le sujet étudié, emploi, intégration, protection sociale, inégalités entre les territoires, etc., on constate le même fossé entre réalité objective et perception subjective.
En la matière, bon nombre des hommes et des femmes politiques jouent un jeu pervers. Eux connaissent ces chiffres, du moins l’espère-t-on. Or, la plupart de ceux qui prétendent conquérir le pouvoir s’y emploient en caressant dans le sens du poil le pessimisme des Français. Bref, ils en rajoutent, noircissent tant et plus le tableau, comme si c’était le plus sûr moyen de gagner les élections. C’est un cercle vicieux. C’est une attitude irresponsable et dangereuse.

Source: www.lemonde.fr

vendredi 7 octobre 2016

Le chef du Parti socialiste espagnol Pedro Sanchez contraint à la démission



Appelé à lever son veto à la formation d'un gouvernement de coalition avec Mariano Rajoy, le patron des socialistes espagnols a été mis en minorité lors d'un vote des instances de son parti.

L'entêtement de Pedro Sanchez aura eu raison de sa place à la tête des socialistes espagnols. Mis en minorité ce samedi par les instances du PSOE à l'issue d'une réunion de son comité fédéral, Pedro Sanchez a été contraint de démissionner de son poste de président du parti. Le chef de l'opposition espagnole paye principalement son refus de gouverner en coalition avec le Parti populaire du Premier ministre, Mariano Rajoy. Une stratégie de blocage impliquant le veto de 85 élus socialistes à la chambre des députés.

Un parti miné par les divisions
Le premier coup de théâtre s'était produit ce mercredi, lorsqu'une partie de son équipe a démissionné en bloc afin de l'obliger à quitter le navire. Les tensions au sein du PSOE avaient également été exacerbées par les défaites électorales historiques subies par le parti depuis que Pedro Sanchez est arrivé aux commandes, en juillet 2014.

"Les partisans de remettre le gouvernement au Parti populaire s'imposent au PSOE", a immédiatement réagi sur Twitter Pablo Iglesias, le chef de Podemos, parti de la gauche radicale. L'élu de 44 ans devra être remplacé par une direction intérimaire avant l'organisation d'un scrutin pour désigner son successeur.

Source: lexpress.fr

lundi 12 septembre 2016

Plusieurs centaines de milliers de manifestants en Catalogne pour l’indépendance



Des centaines de milliers de Catalans sont descendus dans les rues, dimanche 11 septembre, pour réclamer la sécession avec l’Espagne et pousser les partis à surmonter leurs désaccords sur la voie à suivre vers l’indépendance.

« Il faut aller jusqu’au bout. Nous ne pouvons plus attendre », a déclaré Xavier Borras, un employé de bureau de 58 ans, parmi les manifestants qui ont envahi un boulevard de Barcelone proche du parlement régional, où les élus séparatistes préparent la sécession de cette région de 7,5 millions d’habitants du nord-est de l’Espagne.

Le projet, qui devrait aboutir à la mi-2017, avance moins vite que prévu en raison des divisions entre les partis séparatistes. C’est pourtant le moment de « prendre des décisions cruciales », a déclaré le président de la région, Carles Puigdemont, devant la presse étrangère avant le début des manifestations.

Au moins 540 000 personnes à Barcelone

L’impatience était perceptible aussi chez les manifestants, souvent drapés dans la bannière rouge, jaune et bleue des indépendantistes, qui depuis cinq ans célèbrent en masse cette « Diada » du 11 septembre, journée « nationale » de cette région fière de sa langue et de sa culture. « Nous espérons que cette Diada sera la dernière avant l’indépendance », a déclaré Carmen Santos, une fonctionnaire de 58 ans à Barcelone, où la police a compté 540 000 manifestants.

D’autres rassemblements ont attiré 135 000 personnes à Salt, dans le nord de la Catalogne, 60 000 à Berga, dans le centre, 45 000 à Tarragone, dans le sud, et entre 25 000 et 30 000 à Lleida, dans l’est. Dans cette dernière, les cloches de la cathédrale ont sonné à 17 h 14 – référence au 11 septembre 1714, quand Barcelone est tombée aux mains des troupes royales après un long siège, et la Catalogne a perdu son autonomie.

La participation totale de 805 000 personnes était cependant inférieure au 1,4 million recensé par les autorités de Barcelone l’année dernière. Les dirigeants indépendantistes catalans ont tenté, sans succès pendant des années, d’arracher l’accord de Madrid pour tenir un référendum d’autodétermination, comme celui de l’Ecosse qui s’est prononcée en 2014 pour le maintien dans le Royaume-Uni.

Ils ont changé de tactique quand ils ont conquis la majorité absolue au Parlement régional en septembre 2015 et opté pour la sécession. Ils entendent mettre sur pied l’administration d’un futur Etat indépendant, adopter les lois pour se détacher de l’Espagne et convoquer des « élections constituantes » pour rédiger la future constitution catalane.

Mais le plan a déraillé en juin quand le gouvernement de coalition, dirigé par Carles Puigdemont, a perdu l’appui du petit parti anticapitaliste CUP, le plus radical des indépendantistes, et sa majorité au Parlement.

La présidente du Parlement catalan poursuivie

Puigdemont et la CUP ont rapproché leurs positions ces dernières semaines. La formation radicale s’est engagée à le soutenir lorsqu’il posera la question de confiance le 28 septembre mais exige l’organisation d’un référendum en 2017 pour proclamer l’indépendance immédiatement après, un projet très différent de celui des autres séparatistes.

Divisé, le mouvement pourrait recevoir une nouvelle impulsion si, comme tout le porte à croire, la justice espagnole poursuit au pénal la présidente du Parlement catalan, Carme Forcadell, pour avoir permis l’adoption de la « feuille de route » séparatiste malgré les avertissements du Tribunal constitutionnel.

La populaire maire de Barcelone, Ada Colau, qui reste volontairement ambiguë sur la question de l’indépendance, s’est jointe aux manifestants à Barcelone, de même que des dirigeants du parti de gauche radicale Podemos. Podemos est le seul parti national espagnol à accepter un référendum d’autodétermination tout en se prononçant contre l’indépendance.

Ada Colau a dénoncé « l’immobilisme chronique » du gouvernement sortant de Mariano Rajoy à Madrid, qui s’est refusé à toute concession pour apaiser la fièvre indépendantiste en Catalogne. Et aucun changement rapide n’est à attendre vu l’incapacité des partis nationaux à former un nouveau gouvernement après deux élections législatives non concluantes.

Source: www.lemonde.fr

dimanche 10 juillet 2016

En Espagne, Obama lance un plaidoyer contre l'austérité en Europe


Dans un entretien à El Pais, le président américain a plaidé pour des politiques de stimulation de la demande, estimant que l'austérité avait créé "frustrations et inquiétudes tangibles en Europe".

Barack Obama se livre à une critique en règle des politiques européennes. Le président américain a estimé ce dimanche dans un entretien au quotidien El Paisque l'austérité était un "facteur d'explication important des frustrations et inquiétudes tangibles en Europe", plaidant pour des politiques de stimulation de la demande.

"Beaucoup de pays ont adopté (en Europe) une stratégie économique différente, assortie de mesures d'austérité", déclare-t-il au journal espagnol. Les Européens "ont le sentiment que l'intégration des économies et la globalisation ne profitent pas à tous de manière égale", a ajouté Barack Obama, arrivé en Espagne samedi soir pour un séjour d'un peu moins de 24 heures.

Plein emploi contre chômage à 21%
En Espagne le chômage touche encore près de 21% des actifs, après des années d'une austérité draconiennes. Le déficit public atteignait 5,1% du PIB en 2015. En comparaison, les Etats-Unis frisent le plein emploi, et ont considérablement réduit leur déficit, sous la barre des 3%. En Espagne, l'"économie recommence à croître, c'est l'un des taux les plus forts d'Europe, mais bien sûr le chômage reste trop élevé, surtout chez les jeunes", a déclaré Barack Obama.

"En Espagne, en Europe et dans le monde, je continuerai à défendre des politiques qui tiennent compte des gens, stimulent la croissance et créent de l'emploi", ajoute-t-il en défendant au passage l'accord de libre-échange transatlantique (TTIP ou Tafta), contesté par une partie de la gauche en Espagne comme ailleurs en Europe. "Les gouvernements et institutions de l'Union européenne doivent démontrer qu'ils sont en contact avec les soucis quotidiens des citoyens", souligne-t-il.

Il faut "rejeter la mentalité du nous contre tous les autres que certains politiques cyniques cherchent à nous vendre", dit-il encore, en défendant le "pluralisme, l'intégration, la tolérance".

Corruption généralisée et austérité
Barack Obama, qui raconte aussi dans cet entretien être venu en routard en Espagne quand il avait 26 ans, sera reçu dimanche matin par le roi Felipe VI, puis par le conservateur Mariano Rajoy, au pouvoir depuis 2011, et qui a appliqué les sévères politiques d'austérité prônées par la Commission européenne.

La crise en Espagne a donné des ailes à deux nouveaux partis, Ciudadanos (libéral) et Podemos (gauche radicale), dénonçant la corruption généralisée et l'austérité, dont il doit en principe rencontrer les dirigeants dans l'après-midi, avant de se rentre sur la base navale de Rota, dans le sud, et de repartir aux Etats-Unis.

Source: www.lexpress.fr





lundi 16 novembre 2015

Le retour du boomerang




Les origines de ce 13 novembre sont aussi à chercher du côté de la politique étrangère de l’Europe et de la France ces quarante dernières années. La démission de l’Europe sur la question palestinienne, l’occasion manquée avec la Turquie que l’on aurait pu si facilement arrimer à l’UE, l’alliance de la France avec les pétromonarchies… sont autant d’erreurs qui n’ont fait qu’aggraver le désastre et nourrir rancœur et radicalisation au Proche-Orient.

Le retour du boomerang
Au-delà de la polémique électoralement intéressée, et assez indigne, sur les mesures de sécurité prises, ou mal prises, par le gouvernement, la classe politique, les médias, l’opinion elle-même devraient s’interroger sur leurs responsabilités de longue durée dans le désastre que nous vivons. Celui-ci est le fruit vénéneux d’un enchaînement d’erreurs que nous avons commises depuis au moins les années 1970, et que nous avons démocratiquement validées dans les urnes à intervalles réguliers.

La démission de l’Europe sur la question palestinienne, dès lors que sa diplomatie commençait là où s’arrêtaient les intérêts israéliens, a installé le sentiment d’un «deux poids deux mesures», propice à l’instrumentalisation et à la radicalisation de la rancœur antioccidentale, voire antichrétienne et antisémite. L’alliance stratégique que la France a nouée avec les pétromonarchies conservatrices du Golfe, notamment pour des raisons mercantiles, a compromis la crédibilité de son attachement à la démocratie – et ce d’autant plus que dans le même temps elle classait comme organisation terroriste le Hamas palestinien, au lendemain de sa victoire électorale incontestée. Pis, par ce partenariat, la France a cautionné, depuis les années 1980, une propagande salafiste forte de ses pétrodollars, à un moment où le démantèlement de l’aide publique au développement, dans un contexte néolibéral d’ajustement structurel, paupérisait les populations, affaiblissait l’Etat séculariste et ouvrait une voie royale à l’islamo-Welfare dans les domaines de la santé et de l’éducation en Afrique et au Moyen-Orient.

Son alliance avec les pétromonarchies arabes a aussi conduit la France à appuyer diplomatiquement et militairement la guerre d’agression de l’Irak contre l’Iran (1980-1988) et à ostraciser ce dernier, alors qu’il représente, avec la Turquie, le seul môle de stabilité étatique de la région, qui détient l’une des clefs de la résolution de la plupart de ses conflits, comme nous le découvrons aujourd’hui au Liban et en Syrie. La même désinvolture a présidé à la politique de la France à l’égard d’Ankara. Au lieu d’arrimer la Turquie à la construction européenne, Paris l’a snobée, au risque de perdre toute influence auprès d’elle, de favoriser sa «poutinisation» et de l’abandonner à ses liaisons dangereuses avec des mouvements djihadistes.

Non sans cynisme, la France a joué pendant des décennies la carte de l’autoritarisme en Algérie, en Tunisie, en Egypte, en Syrie, en Irak en y voyant un gage de stabilité, en s’accommodant de la polarisation ethnoconfessionnelle sur laquelle reposaient souvent ces régimes, en espérant que les peuples se résigneraient éternellement au despotisme que l’on estimait congénital en terre d’islam, et en laissant à celui-ci le monopole de la dissidence, rendant ainsi les successions autoritaires inévitablement chaotiques. Une cocotte-minute qui explose, ce n’est jamais beau à voir.

Après avoir conforté les dictatures, la France s’est lancée avec puérilité dans l’aventure démocratique sans voir à quel point les sociétés avaient été meurtries par des décennies d’assujettissement, et en sous-estimant la froide détermination des détenteurs du pouvoir. Puis, pour résoudre d’un bombardement magique les problèmes qu’elle avait contribué à envenimer au fil des ans, elle est à son tour entrée en guerre en suscitant de nouvelles inimitiés sans avoir les moyens de s’en préserver.

Les situations inextricables de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Syrie, de la Libye ne sont que la résultante de ces erreurs de calcul, ou de ces calculs à courte vue. Sans doute annoncent-elles ce que nous réserve la restauration autoritaire en Algérie (dès 1991) et en Egypte (en 2014). A l’aveuglement et aux inconséquences, nous avons ajouté le déshonneur par le traitement que nous avons réservé aux réfugiés qui fuyaient les guerres que nous (ou nos alliés) avions déclenchées, en Libye et en Irak, et les autoritarismes que nous avions soutenus.

Sur le plan intérieur, le bilan est aussi accablant. Pendant que nos politiques économiques néolibérales produisaient un chômage de masse et la désindustrialisation, nous avons restreint le débat public à des questions identitaires oiseuses en courant après l’extrême droite qui en faisait son miel électoral. Pas un homme politique – hormis peut-être Dominique Strauss-Kahn en 2006, pendant sa campagne pour les primaires du PS – n’a tenu un langage de vérité sur l’immigration depuis des lustres. Au lieu de tirer avantage de ce formidable atout que représente le biculturalisme de nombre de jeunes Français, nous avons rejeté une partie importante, et bien délimitée, de ceux-ci – à savoir les musulmans – dans la marginalité, et nous avons douté de leur appartenance à la nation, ce dont certains d’entre eux ont fini par douter eux-mêmes. Des présidents de la République, des ministres, des hauts fonctionnaires ont proféré en toute impunité des paroles indignes et anticonstitutionnelles, tandis que les médias ouvraient grand leurs antennes, leurs écrans et leurs colonnes à des plumitifs racistes ou ignorants érigés en penseurs. L’asphyxie financière de l’école, de l’Université, de la recherche publique, et le poujadisme anti-intellectuel dont a fait preuve à leur encontre la droite oublieuse que la République dont elle se gargarise avait été celle des professeurs et des instituteurs, à la fin du 19e siècle, nous a privés des moyens de comprendre ce qui est en train de nous arriver.

Maints analystes avaient pourtant annoncé, depuis longtemps, que nous courions droit dans le mur. Nous y sommes, bien que celui-ci, comme toujours dans l’Histoire, prenne un visage inattendu. Un examen de conscience s’impose à tous, car ces erreurs, qui nous reviennent en plein visage comme un boomerang, ont été commises à l’initiative de toutes les majorités qui se sont succédé au pouvoir depuis les années 1970. Si Sarkozy a sans conteste été le plus mauvais président de la République qu’ait connu la France, Giscard d’Estaing, Chirac, Mitterrand et Hollande se partagent la paternité de la politique suivie. Or, nous avons les dirigeants que nous élisons, et les médias que nous achetons. En bref, nous sommes responsables de ce qui nous arrive.

Seul un retournement radical pourrait nous en sortir : la remise en cause de la financiarisation du capitalisme qui détruit le lien social, créé la misère de masse et engendre des desperados ; une politique de sécurité qui privilégie le renseignement humain de qualité et de proximité plutôt que la surveillance systématique, mais vaine, de la population ; le rétablissement et l’amplification des libertés publiques qui constituent la meilleure riposte à l’attaque de notre société ; la révision de nos alliances douteuses avec des pays dont nous ne partageons que les contrats ; et surtout, peut-être, la lutte contre la bêtise identitaire, aussi bien celle d’une partie de notre propre classe politique et intellectuelle que celle des djihadistes. Car les Zemmour, Dieudonné, Le Pen, et Kouachi ou autres Coulibaly sont bien des «ennemis complémentaires», pour reprendre le terme de l’ethnologue Germaine Tillion.

L’alternative est claire, à trois semaines des élections, et elle est politique, au sens plein du mot. Soit nous continuons à laisser ces phares de la pensée et leurs experts sécuritaires nous guider vers le gouffre, et notre prochain président de la République sera un Viktor Orban, peu importe qu’il soit de droite ou de gauche pourvu qu’il nous rétracte identitairement. Soit nous conjuguons notre autodéfense avec la conquête de nouvelles libertés, comme avait su le faire, à une époque plus tragique encore, le Conseil national de la Résistance, pendant la Seconde Guerre mondiale. Telle serait la vraie réponse aux crétins assassins et aux histrions.

Jean-François Bayart

Professeur à l’IHEID (Genève), directeur de la chaire d’Etudes africaines comparées (UM6P, Rabat)

A notamment publié L’Islam républicain. Ankara, Téhéran, Dakar (Albin Michel, 2010)

Jean-François Bayart Professeur à l’IHEID (Genève), directeur de la chaire d’Etudes africaines comparées (UM6P, Rabat)

Source: www.liberation.fr

mercredi 11 novembre 2015

Catalogne: le Parlement vote en faveur d'une rupture avec l'Espagne


Les députés de la région ont adopté ce lundi un texte qui lance le processus visant à créer un Etat catalan indépendant de l'Espagne. Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy annonce un recours contre cette résolution.

La rupture est en marche. Le Parlement de Catalogne a adopté ce lundi une résolution sans précédent déclarant le début de la séparation avec l'Espagne et le lancement d'un processus qui doit aboutir à la création d'une république indépendante au plus tard en 2017. Au total, 72 députés indépendantistes (sur 135) ont adopté le texte visant à créer "un Etat catalan indépendant prenant la forme d'une République".

>> Lire aussi: Pourquoi l'indépendance de la Catalogne n'est pas pour tout de suite

Les partisans d'un maintien en Espagne ont accueilli le résultat du vote debouts, déployant des drapeaux de l'Espagne et la Catalogne. "J'ai l'honneur et la responsabilité de défendre la proposition de résolution par laquelle nous lançons solennellement la construction d'un nouvel Etat, un Etat catalan, une République catalane", avait plaidé auparavant Raul Romeva, tête de liste de la coalition indépendantiste Junts pel Si (Ensemble pour le oui).

Le recours de Rajoy contre cette résolution
Le Parlement régional de cette région au coeur de l'Europe méditerranéenne de 7,5 millions d'habitants, représentant 20% du PIB de l'Espagne, est issu d'un scrutin organisé le 27 septembre centré sur la question de la sécession. Ces élections ont été emportées par les indépendantistes, qui ont gagné une majorité des sièges (72 sur 135) sans pour autant obtenir la majorité absolue des voix (47,8%).


Les séparatistes estiment disposer d'un soutien suffisant pour lancer le processus d'indépendance et ont défendu cette résolution en ce sens ce lundi, soit le "défi le plus important à la démocratie de ces 30 dernières années", a résumé l'élue du parti Ciudadanos, opposée à la sécession, Inès Arrimadas.

Le chef du gouvernement conservateur espagnol, Mariano Rajoy, a annoncé ce lundi qu'il présenterait un recours en urgence devant la Cour constitutionelle pour invalider la résolution indépendantiste

Le Parlement régional, "détenteur de la souveraineté", ne s'estime désormais plus "tributaire des décisions des institutions espagnoles, et en particulier de celles de la Cour constitutionnelle". La résolution prévoit aussi le lancement de travaux parlementaires pour mettre en place une administration fiscale indépendante et une sécurité sociale.

Des tensions croissantes
Le vote intervient après des années de tensions croissantes entre l'exécutif du président catalan sortant Artur Mas et le gouvernement central. Le premier réclamait sans succès un référendum d'autodétermination, poussé par une fièvre indépendantiste alimentée par la crise économique et un premier arrêt de la Cour constitutionnelle ayant raboté les compétences propres de la région.

Le 9 novembre 2014, Artur Mas, nationaliste devenu séparatiste, avait déjà passé outre un interdit de la cour, organisant une consultation symbolique mais interdite où 1,9 million de personnes s'étaient prononcées pour l'indépendance. Le vote de ce lundi a également lieu à moins de deux mois des législatives du 20 décembre en Espagne, où la "question catalane" domine le débat.

Mariano Rajoy, dont le Parti populaire (PP, droite) est en perte de vitesse, talonné par Ciudadanos (centre droit) et le Parti socialiste, a obtenu leur soutien sur le terrain de la défense de l'unité de l'Espagne.

Pas d'accord sur le nouveau président de région
A six semaines des élections, chacun de ces partis avance cependant sa solution: Ciudadanos une réforme des institutions, le Parti socialiste un dialogue et davantage de fédéralisme et Podemos, antilibéral, l'organisation d'un référendum. Ce lundi matin, leurs élus ont plaidé avec fougue pour le maintien de la Catalogne en Espagne, évoquant pour certains un anniversaire européen: celui de la chute du mur de Berlin, un 9 novembre 1989, il y a 26 ans.

Les indépendantistes ont un point faible qui pourrait bloquer leurs desseins: l'absence d'accord sur le futur président de la région, l'extrême gauche refusant le candidat de Junts pel Si, Artur Mas, un conservateur. Ils ont jusqu'au 9 janvier pour s'accorder, faute de quoi ils seraient contraints d'organiser de nouvelles élections.

Source: www.lexpress.fr